jeudi 31 mai 2012

Le cadavre du jeune homme dans les fleurs rouges, Jérôme Leroy


Résumé :

Dans un futur proche, où le contrôle policier de la population et une guerre civile larvée entre riches et exclus le disputent aux catastrophes écologiques à répétition, un professeur de littérature est invité par un ami d'enfance, devenu un de ces seigneurs de l'hyperclasse capitaliste, à une garden-party dans sa ville natale. Ce retour vers l'enfance dans un monde où la nostalgie est un luxe démodé est l'occasion de dresser le portrait au vitriol d'une société en phase terminale. Sans compter que cette invitation où le professeur naïf retrouve un amour de jeunesse cache peut-être bien une " manip " machiavélique pour décapiter la rébellion qui gagne les faubourgs surchauffés par l'effet de serre...


Avis :

Dans un monde au bord de l’explosion, la lutte des Outers contre les citoyens de l’hyperclasse. Les Outers, ce sont ceux que l’on a repoussé en dehors des mégapoles, étant jugés comme n’apportant rien d’indispensable à la société. Des sous-citoyens, sans biens ni droits, en opposition à ceux de la classe aisée, insouciants des problèmes d’autrui, n’ayant comme intérêts que le pouvoir et l’argent.
Kléber, membre de l’hyperclasse, se rend à Rouen chez un ami. Le voyage sera pour lui l’occasion d’un retour dans ses souvenirs, avant que la ségrégation soit en place, quand il aimait une femme qui aujourd’hui est de l’autre côté de la barrière.

Ouch, noir c’est noir. Ne lisez pas ce livre un jour de déprime, ça n’arrangerait pas votre moral.
Dans un futur proche on ne peut plus réaliste, la lutte des classes menée à l’extrême. Chacun interprétera cette situation selon sa sensibilité et ses convictions, c’est en ce sens que cette novella est très intéressante. Car j’avoue qu’en tant que telle, je ne l’ai pas trouvé très novatrice ni en avance sur son temps. Le propos est cynique et réaliste, mais je pense que ce texte prend toute sa dimension lors d’échanges entre lecteurs. Si vous avez l’occasion de le lire, revenez donc par ici en discuter !

mardi 29 mai 2012

Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro


Résumé :

Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour.
Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.


Avis :

Kathy revient sur son passé, son enfance passée dans un pensionnat, protégée du monde extérieur, où le bien-être des enfants est primordial. Elle revient sur ses amis, ses professeurs, leurs jeux, leurs questions à peine formulées qui restent sans réponse, avec en toile de fond un je-ne-sais-quoi qui dérange, qui titille, comme une ombre sur le bord de l’objectif qu’on n’arrive jamais à saisir. Peu à peu le voile se lève sur ces enfants, sur la société qui les attend, le rôle des adultes qui les entourent…

Auprès de moi toujours est très déroutant, j’ai beaucoup de mal à exprimer ce que j’en ai pensé. La plus grosse partie de l’histoire est dans le non-dit. Il faut déchiffrer, lire entre les lignes, et j’ai eu la paresse intellectuelle de ne pas m’y atteler sérieusement, donc je suis un peu passée à côté. À vrai dire, pendant les deux tiers du livre, j’ai attendu qu’il se passe enfin quelque chose. Certains qualifieront la prose de l’auteur de poétique, empreinte de finesse, en ce qui me concerne, elle fut surtout ennuyeuse.
Et puis arrive le moment où le brouillard se lève, où le mystère est levé et que le lecteur le moins finaud (moi) se voit enfin révéler les sous-entendus. Ô joie, ô bonheur, un regain d’intérêt pour cette histoire pourtant pas banale. Et puis finalement non, la mayonnaise retombe, le pessimisme ambiant, le fatalisme des personnages qui subissent leur avenir ont eu raison de ma patience, et du coup, même si le fond m’a foncièrement plu, la forme m’a tellement usée qu’au final je n’en garde pas un souvenir impérissable.

lundi 28 mai 2012

Rouge rubis, Kerstin Gier



Résumé :

Gwendolyne a 16 ans. Elle vit à Londres. Vie normale, scolarité normale dans une grande école privée, famille normale, en apparence… Car cette famille a un secret : certaines filles sont porteuses d'un gène qui leur permet de voyager dans le temps. Le premier tome d'une trilogie exceptionnelle.




Avis :

La famille Montrose voit certains de ses membres porter un bien étrange gène qui les rend « spéciaux ». Pour cette génération, il semble que ce soit Charlotte qui en ait hérité, se donnant des airs important et étant le centre de l’attention. Gwen, elle, reste à l’écart, est limite méprisée, jusqu’au jour où elle se rend compte que c’est elle la porteuse du gène, et non Charlotte. Dès lors, elle va découvrir une société secrète, très bien organisée, aux motivations obscures…

Bon, la quatrième de couverture en dit trop une fois encore. Quel intérêt d’y dévoiler le secret des Montrose ? Surtout que l’auteur a essayé de ménager le suspense pour ne le révéler qu’au moment opportun…

Ce qui attiré la petite chose superficielle en moi, c’est d’abord la couverture que je trouve très réussie visuellement. En revanche elle ne reflète pas du tout l’esprit du livre, mais elle est jolie, et ça m’a suffi.
Par contre le début de ma lecture a été laborieux. Charlotte est imbuvable, sa mère n’en parlons pas, Gwen m’a fait de la peine, et l’histoire piétine. Mais, dès que le don de Gwen se réveille, le mouvement s’accélère, et le livre commence vraiment pour moi. On découvre la société des Veilleurs, leur but (avoué), leur organisation, leur histoire. Le lecteur fait connaissance avec Gidéon, censé être le partenaire de la jeune fille, qui fait preuve à son égard d’une condescendance rarement égalée !
Si au départ j’avais envie d’accélérer le temps, j’ai eu envie de le ralentir, de le rallonger pendant la deuxième partie tellement cette histoire de voyages dans le temps m’a charmée.

Rouge Rubis démarre certes trop doucement, mais mérite que le lecteur s’accroche et poursuive sa lecture. L’histoire est originale, la société secrète décrite m’a beaucoup plu, et j’ai envie d’en savoir plus. Bien évidemment, beaucoup de questions sont soulevées, et bien trop peu trouvent une réponse, et il faudra se plonger dans Bleu Saphir pour en savoir plus.

vendredi 25 mai 2012

Le royaume magique de Landover T1 - Royaume magique à vendre !, Terry Brooks


Résumé :

Landover est un authentique royaume magique, livré au complet avec créatures féeriques et sorcellerie incluse, exactement comme la publicité l'avait promis. Alors Ben Holiday l'a acheté... un million de dollars. Ce n'est qu'après qu'il a découvert que la pub avait soigneusement négligé de mentionner certains détails...
Comme le fait que le royaume tombe en ruine, par exemple. Faute d'un roi pour unir les barons, les impôts ne sont plus collectés. Un dragon de très mauvaise humeur ravage la campagne tandis qu'une sorcière maléfique fomente la destruction de... tout. Et comme si ça ne suffisait pas, le seigneur des démons provoque tous les prétendants au trône de Landover en un duel à mort que nul mortel ne peut espérer gagner. Sauf que Ben a un truc typiquement humain dont aucune magie ne peut venir à bout: il est têtu comme une mule...


Avis :

Ben Holiday, avocat, a perdu sa femme et leur bébé deux ans auparavant. Il s’est réfugié dans son travail, mais n’y croit plus. Alors qu’il se perd dans sa vie et y cherche vainement un but, il tombe sur une petite annonce on ne peut plus originale : un royaume digne des contes de fées à vendre. Sans attache dans ce monde-ci, Ben va partir pour Landover, à la découverte du royaume dont il est devenu le roi en l’achetant.
Si les fées et les dragons de l’annonce sont bien réels, le royaume est en piteux état, et Ben va faire l’apprentissage du difficile rôle de monarque.

Des lutins, des trolls, des elfes, un dragon, un magicien (pas forcément très doué), une vilaine sorcière, un chien qui parle, Landover tient ses promesses. Roman de light fantasy (sans verser dans la parodie, j’insiste), le lecteur s’évade réellement le temps de sa lecture. Les personnages ne sont pas très travaillés, sauf Ben qui est rendu suffisamment attachant, mais peu importe. Terry Brooks nous propose un univers digne d’un conte de fées à la sauce adulte que j’ai trouvé très agréable. On est loin de la fantasy qui se prend un peu trop au sérieux, Royaume magique à vendre ! est frais et très distrayant.
L’intrigue en elle-même est assez simple, et facile à deviner, mais la verve de l’auteur compense cette faiblesse. D’autant que c’est clairement un tome introductif, le lecteur fait connaissance avec Landover, ses habitants et son mode de fonctionnement en même temps que Ben, et cette découverte est plutôt bien menée.

Bourré d’humour et de magie, Royaume magique à vendre ! est une petite merveille d’humour et d’aventure à découvrir, que l’on soit amateur de fantasy ou pas.

 (Roman fantasy)

jeudi 24 mai 2012

La guérisseuse de Suffolk - Les chroniques de Virginia T1, Laure Valens


Résumé :

Virginia avait toujours pensé que sa vie était écrite comme du papier à musique, mais suite à sa noyade tout bascule...Se réveillant en plein début de 16e siècle, juste avant le schisme et à la cour d'Henry VIII, elle n'a qu'un seul but : survivre. Engagée comme guérisseuse auprès de Catherine d'Aragon, elle se heurtera rapidement aux idées rétrogrades de l'époque et à une étrange attirance envers le duc de Suffolk, beau-frère du roi. Mais comment peut-elle s'en sortir entre les complots de la cour et une guerre millénaire entre des panthéons bien trop présents pour n'être que de simples mythes ? Virginia n'aura pas d'autres choix que de revoir ses théories sur la normalité.


Avis :

En préambule, je tiens à préciser que c’est l’auteur elle-même qui m’a demandé de lire, et de chroniquer son roman, voulant un avis objectif sur son livre fraîchement sorti. Jusque-là elle n’avait eu que des critiques dithyrambiques, et, même si elle en était flattée, elle souhaitait un regard autre que celui porté par ses amis, sa famille… Cette demande a été formulée auprès d’autres membres du staff de bit-lit.com, notamment Lila et Kamana, et nous en avons parlé ensemble. Enkara était elle aussi intéressée par l’ouvrage, nous avons donc décidé d’en faire une lecture commune.

Très sincèrement, j’aurais aimé dire, une fois le livre refermé, que j’ai adoré ce que j’ai lu. Déjà parce que je trouve la démarche de Laure Valens plutôt courageuse, et ensuite parce que je n’aurais pas pris le risque de me faire taxer de vilaine acharnée au regard de l’éditeur chez qui elle a signé. Malheureusement, je n’ai pas été conquise, je vais tenter d’en expliquer les raisons de la manière la plus factuelle possible.

Pour commencer, il y a quand même du positif. Laure Valens est enthousiaste, pleine de bonne volonté, on sent qu’elle a mis tout son cœur dans son récit, et qu’elle s’est éclatée à écrire une histoire qui lui plaisait.
Hélas, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et l’enthousiasme ne suffit pas toujours.

L’histoire souffre d’un gros souci de cohérence. Pas de trame principale, pas de colonne vertébrale sur laquelle elle aurait construit son histoire. Le lecteur a l’impression que l’héroïne déambule dans l’univers créé par l’auteur, et qu’il lui arrive des aventures au fur et à mesure de ses pérégrinations. Du coup, je me suis demandé tout du long quel était son but, où tout cela allait nous amener, d’autant plus que l’auteur mélange divers genres au cours de son récit.
Justement, ce fameux mélange des genres n’est pas des plus heureux. On a l’impression d’avoir un amalgame de bric et de broc, un condensé de ce qu’aime l’auteur et qu’elle voulait absolument caser dans son roman. L’histoire commence comme La croisière s’amuse, tourne en Titanic, pour finir chez Les Tudors, avec un mix de mythologie. Je n’ai pas compris l’intérêt de faire basculer l’héroïne au XVIème siècle, pour ensuite la faire tremper de temps en temps dans l’Antiquité grecque.
Sur le plan historique, il y a aussi des incohérences, des largesses prises avec la réalité historique. Pourquoi pas, mais dans ce cas, faire un cours d’histoire page 175 (de mémoire), n’a pas de sens. Pourquoi être très pointue sur un fait historique bien précis, alors qu’en même temps la mort de Marie Tudor n’intervient pas en 1521, même si ça permettait à l’héroïne d’avoir une histoire avec Charles Brandon. Idem, en terme de crédibilité, une guérisseuse à la cour d’Henri VIII semble improbable. Donc, soit l’auteur prend le parti de s’éloigner de la réalité historique, soit il respecte l’Histoire, mais il ne fait pas un coup l’un, un coup l’autre, comme ça l’arrange.
Enfin, dernier point, l’écriture manque de maturité. Entre la narration qui hésite entre la première et troisième personne au début, le manque de personnalité dans le style, et le vocabulaire qui passe d’un registre à l’autre, l’écriture est vraiment très maladroite. L’héroïne manque d’identité, utilisant parfois un langage relevé pour parler à un paysan (« Bonjour monsieur, croyez bien que je suis vraiment désolée de vous déranger en plein travail ») alors qu’elle est d’une rare familiarité avec les nobles qu’elle croise. Les changements de ton sont toujours brusques, rarement justifiés, au gré de l’humeur de l’auteur ou que sais-je, mais pas au service du récit. Ses actions, réactions, sont parfois vraiment étranges (de tête je citerai le passage où elle embrasse Charles sur le lit alors que le corps de Marie, qui vient de rendre son dernier souffle, est à côté. Ou alors son acceptation de tous les évènements sans sourciller). Les dialogues frôlent le ridicule (« - Je vous prie de m’excuser, j’ai des mourants qui m’attendent ! –Allez-y comtesse ! pouffa Catherine » ou « - Tu peux me tutoyer. Après tout, tu es ma fille ! Elle était sa fille. Il était son père »).
Dernier point, trop de vannes éculées, de jeux de mots vaseux (le chat Mau, j’ai toujours du mal à le digérer quand même…). Et je passe sur les fautes d’orthographe et autres…

Je ne vais pas poursuivre plus avant, mais ce livre ne m’a pas plu sur le fond et la forme ; l’ensemble quoi. Un autre éditeur que celui qui a accepté cet ouvrage aurait fait le même constat que moi, je n’ai aucun doute là-dessus, et aurait conseillé à l’auteur de revoir sa copie. Il se trouve qu’en l’espèce le manuscrit a été publié tel quel, et prouve que, malheureusement, signer chez un éditeur n’est pas forcément gage de qualité.