vendredi 4 septembre 2015

La servante écarlate, Margaret Atwood

Résumé :

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.



Avis :

Dans un futur proche, après une guerre nucléaire, la nature a été polluée et les survivants se voient frappés de stérilité pour un grand nombre. Enfin les femmes, les hommes étant, de fait, supposés virils et féconds. Dans le nouvel ordre établi, la société obéît aux préceptes religieux qui font la part belle aux hommes et réduisent les femmes à l’état d’objets, soi-disant pour leur bien. Il y a celles qui sont décoratives, les Épouses, celles qui servent, les Marthas, celles qui doivent procréer, les Servantes Écarlates et celles qui puisent leur pouvoir dans l’asservissement de leurs semblables, les Tantes. Defred est une Servante Écarlate qui a connu « l’avant ». Elle avait un mari, un enfant, Gilead lui a tout pris et elle doit aujourd’hui mettre sa fertilité au service de la communauté. C’est son histoire qu’elle va raconter, sa vie aujourd’hui et ses souvenirs de ce qu’elle a perdu.


Glaçant et révoltant, c’est ainsi que l’on peut définir ce roman. Cette dystopie commence lentement, il faut bien cent pages avant de réellement entrer dans l’histoire, mais ensuite, impossible de lâcher le livre. La narratrice est Defred, Offred en anglais, son vrai prénom a été effacé au profit de celui à qui elle appartient. Les femmes sont opprimées, « pour leur bien » et celui de la société. Toute sexualité ludique a été éradiquée au profit d’une sexualité utile : se reproduire. Sous couvert de religion, les femmes ont été dépossédées de leurs biens et de leur vie propre pour servir les hommes, sans rébellion. « Ce sera plus facile pour les suivantes », c’est ainsi qu’on les rassure. Les suivantes, ce sont les jeunes filles qui n’auront pas connu la vie d’avant, l’amour, le bonheur, la possibilité de faire ses propres choix. Rien que l’acceptation de cette idée montre à quel point les femmes ont intégré cette nouvelle donne, ce bouleversement rapide de la société. La vie de Defred est bien triste et pathétique, mais sa passivité l’est encore plus. Le lecteur la suit dans ses tâches quotidiennes et, à travers ses souvenirs, découvre ce qu’il arrive aux rebelles et finit par mieux comprendre la jeune femme, sans pour autant accepter la situation. Le ton est très intimiste, le lecteur devient plus proche de Defred à chaque page, procédé très impliquant. À la fois roman d’anticipation et plaidoyer pour le féminisme, La servante écarlate est une violente critique de la religion et de la façon dont les hommes s’en sont toujours servis pour rabaisser les femmes. Un roman à lire, à relire, à faire découvrir sans modération.


2 commentaires:

  1. Ah, je l'ai dans un coin de ma liseuse celui-là, mais j'ai toujours eu peur de le lire, par crainte d'une déception type "un monde meilleur"... (me demande pas pourquoi, je sais, ça n'a certainement rien à voir). Bon, du coup tu me rassures, je vais le faire remonter dans la file d'attente ! :)

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